GUILLEMETTE, M . 1997. Influence de l'activité humaine sur l'interaction goéland_végétation et sur le maintien des populations aviennes de la RPNAM . Rapport présenté au service de conservation des ressources naturelles, Parcs Canada, Région du Québec 181 pages + annexes.

RÉSUMÉ
Goéland argenté
Goéland argenté
© Parcs Canada / É. Le Bel / L 30 04 95

Cette étude s'est déroulée durant les étés 1994, 1995 et 1996 et avait pour objectifs (1) de mesurer la productivité des goélands argentés ( Larus argentatus ) de l'île Nue et d'identifier le régime alimentaire et le caractère naturel de cette population, (2) de déterminer l'impact des goélands argentés sur la végétation et la composition floristique de cette colonie, (3) de déterminer l'impact du dérangement humain sur la nidification et le succès de reproduction de l'Eider à duvet ( Somateria mollissima ) et (4) de mesurer le niveau de prédation des goélands sur les canetons d'Eider et de quantifier l'impact de la navigation sur l'interaction goélands-crèches. Tous ces objectifs ont pour cadre le respect et le suivi de l'intégrité écologique des parcs nationaux. Pour le premier objectif (1), la chronologie de reproduction, le succès d'éclosion et la production de poussins de goélands à l'envol furent évalués en suivant au cours de la saison des nids marqués et des poussins bagués. Le régime alimentaire des goélands fut évalué en capturant des adultes pour lesquels on a exécuté des lavages stomacaux, en récoltant des boulettes d'éléments non-digestibles régurgitées par les adultes sur les perchoirs communaux et en récoltant des régurgitations offertes aux poussins par les adultes. Les résultats de ce projet démontrent que la taille des couvées et la productivité à l'envol furent anormalement faibles pour les trois années de l'étude ce qui suggère que le niveau de population de l'île Nue va régresser dans le futur. Le régime alimentaire des poussins fut essentiellement composé de capelan ( Mallotus villosus ) alors que le régime alimentaire des adultes fut beaucoup plus diversifié, incluant principalement des proies de sources terrestres (petits fruits, insectes, oeufs et poussins d'oiseaux), littorales (mollusques, échinodermes et crustacés), pélagiques (surtout Mallotus villosus ) et anthropiques (déchets de Crabe des neiges). L'importance de chacun des ces groupes a varié d'une façon saisonnière et il est conclu qu'actuellement les déchets domestiques et de pêcheries contribuent peu ou faiblement au maintien de cette population de goélands. Les résultats suggèrent au contraire que les faibles niveaux de productivité observés à cette colonie sont liés à la raréfaction d'une proie naturelle, le capelan.

Pour le deuxième objectif (2), l'influence des activités reproductrices des goélands sur la végétation fut étudiée en utilisant une approche expérimentale consistant à comparer, pour quatre points dans le temps, des exclos-contrôles avec des périmètre-traitements. La fréquence et le pourcentage de recouvrement furent quantifiés pour tous les taxons présents dans nos place-échantillons alors que la densité d'individus fut évaluée pour un nombre restreint d'espèces. Enfin, des échantillons de sol furent prélevés d'une façon concomitante aux relevés de végétation. Les résultats de cette expérience ont démontré que les goélands ont diminué le pourcentage de recouvrement et la croissance du Lédon du Groenland ( Ledum groenlandicum ) de même qu'ils ont significativement augmenté la teneur en phosphore et le pH du sol. Lorsque comparé avec des travaux antérieurs, nos résultats suggèrent que le groupement végétal dominant la colonie de goélands de l'île Nue par le passé s'est transformé d'une association à Empetrum-Ledum-Epilobium à une association à Deschampsia-Stellaria-Epilobium . Il semble aussi que la Camarine noire ( Empetrum nigrum ) ait disparu de la colonie de goélands. Nos résultats indiquent également que les perchoirs communaux caractérisés par une quasi-absence de végétation sont associés avec des teneurs en nutriments anormalement élevées.

Pour le troisième objectif (3), nous avons dans un premier temps décrit l'habitat de nidification utilisé par l'Eider à duvet en mesurant pour chaque nid échantillonné, la hauteur de la végétation, la distance par rapport à la côte et l'indice de dissimulation. La taille des couvées de même que la date estimée de ponte, basée sur une régression reliant la densité de la couvée au nombre de jours d'incubation, furent également enregistrées. L'impact du dérangement humain sur le succès de reproduction de l'Eider fut évalué en conduisant une expérience simulant des dérangements répétés aux colonie-échantillons. Trois niveaux de traitements basés sur la fréquence des dérangements et la période de l'incubation à laquelle ils ont lieu furent utilisés pour quantifier l'impact du dérangement humain. La réponse au dérangement et le succès d'éclosion ont varié selon ces deux facteurs, la période à laquelle est effectué le dérangement étant le plus important. Nous démontrons qu'une seule visite durant la première moitié de l'incubation diminue le succès d'éclosion d'une colonie de 17 % pour les îles forestières et de 37 % pour les îles herbées. Pour les trois niveaux de traitement, la première visite est, dans tous les cas, la plus dévastatrice (avec environ 50 % de la mortalité) alors que la réponse des eiders nicheurs est également influencée par la densité de goélands résidants et le type d'habitat.
Pour ce qui est du quatrième objectif (4), le niveau de prédation des goélands fut mesuré durant la descente des canetons vers la mer et sur les aires (littorales) d'élevage en observant des groupes de canetons en continu et en notant toutes activités de prédation. Les résultats contrastent fortement pour les deux périodes où le niveau d'attaque des goélands est de 6,2 attaques à l'heure par crèche durant la descente à la mer alors qu'il est seulement de 0,09 dans la zone littorale. Ces résultats indiquent que la descente des canetons à la mer est la phase (qui est très courte) la plus sensible du cycle de reproduction de l'Eider alors que le niveau de prédation sur les aires d'élevage (qui est une phase très longue) est médian comparativement à quatre autres études. Des dérangements non-planifiés de canetons quittant leur nid pour descendre vers la mer (causés par nos activités de recherche) nous indiquent que le niveau de succès des goélands prédateurs passe de 33 % en absence de dérangement à 100 %. Une expérience, planifiée cette fois, visant à simuler le dérangement des crèches par les petites embarcations nous informe que la prédation par les goélands augmentent par un facteur de 10 durant de telles interactions (de 4 % à 40 %). Cette expérience nous informe également que la distance à laquelle se manifeste un tel dérangement est plus importante dans le résultat final (présence/absence de prédation) que la vitesse. Bien que l'effet des interactions bateau-crèche-goéland soit manifeste, nos observations nous indiquent que la fréquence de telles interactions sont rares ou négligeables à l'île à la Chasse alors qu'elles sont de 10 à 15 fois moins élevée que les interactions goéland-crèche observées à l'île à Firmin et aux îles à Marteau. Cette conclusion est basée sur la quantification du dérangement potentiel qualifié de très proche causé par les petites embarcations à ces trois sites et sur la mesure simultanée du comportement d'alerte chez les crèches d'eiders. Donc, si on tient compte à la fois de la fréquence et du taux de succès des interactions, les résultats suggèrent pour les îles à trafic élevé (Firmin et Marteau) que les dérangements par les embarcations de type très proche pourraient être aussi dévastateurs que les goélands prédateurs agissant de leur plein gré. Cette interprétation est cependant basée sur un faible nombre d'observations et devrait faire l'objet de travaux supplémentaires afin de conclure avec fermeté sur ce point. Enfin, des informations fragmentaires colligées en 1994 indiquent qu'à l'ouverture de la saison de chasse que la majorité des prises étaient constituées de canetons (juvéniles) incapables de voler. L'impact de ce phénomène sur la population nidificatrice est inconnu.
Enfin, dans un chapitre synthèse je discute des niveaux de population des Goélands argentés et des Eiders à duvet depuis 1925. Il ressort de cette analyse que la population de Goélands argentés de la RPNAM a augmentée radicalement depuis les années cinquante et s'est maintenue à un niveau élevé depuis cette période. Basée sur cette constatation et sur des indices circonstanciels, je suggère que le niveau actuel de Goélands argentés de la RPNAM et du golfe du Saint-Laurent en général n'est pas naturel. Dans le cas de l'Eider à duvet, la grande majorité des effectifs de la Côte Nord se retrouvent dans la RPNAM où les populations ont récemment augmenté. Basé sur l'absence de nicheurs aux îles à Bouleaux (qui a vu son importante population disparaître au cours des années soixante) et sur le fait qu'un certain nombre de nouvelles colonies ont été identifiées en 1988, je suggère que les niveaux actuels de population de la RPNAM pourraient encore progresser dans le futur. Finalement, j'utilise l'exemple où la végétation, les oiseaux coloniaux, les renards et l'homme interagissent entre eux pour discuter de l'applicabilité du concept de l'intégrité écologique à la RPNAM en illustrant comment il est difficile de statuer sur l'appartenance naturelle d'une population avienne et son milieu.

Rapport disponible à la bibliothèque régionale de Parcs Canada à Québec.

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